Marionnettes
typiques du folklore liégeois.
C'est dans le quartier d'Outremeuse que se trouve le musée Tchantchès.
Tchantchès (en français : François) personnifie l'esprit liégeois : à la fois frondeur, enjoué, ardent et bon enfant.
Quand un terroir a vu naître
un héros comme Charlemagne, il est naturel que les hauts faits qui s'y
sont déroulés se muent en légendes aussi nombreuses que
les fleurs dans la barbe de l'Empereur! Mais le visiteur d'aujourd'hui a trop
rarement le loisir de s'imprégner des histoires populaires et des gestes
héroïques. Heureusement, de passage à Liège, il lui
suffira de s'attabler avec Tchantchès et de lui offrir le pèkêt.
Le bougre ne se fera guère prier pour révéler les secrets
de l'âme liégeoise...
Tchantchès, c'est sans doute un mythe, une marionnette, un personnage
folklorique, mais c'est avant tout un vrai garçon de chair et de sang
dans la tête des Liégeois, tant ceux-ci se sont identifiés
à celui-là. Et c'est vrai que la personnalité du François
de Liège (Tchantchès signifie François en langue wallonne)
résume bien celle de la Cité Ardente et de ses enfants... Parfois
du bon sens et toujours bon coeur, bavard et buveur, Tchantchès, c'est
Liège. Vous le rencontrerez le plus souvent sur son île d'Outremeuse
où il est toujours bien vivant dans les théâtres de marionnettes.
Si un homme de bois n'est déjà pas chose ordinaire, sa venue au monde est, elle, tout à fait extraordinaire. En effet, Tchantchès est né en 760 entre deux pavés du "Djus-d'la-Moûse" (le quartier populaire d'Outremeuse). Il a poussé son premier cri pour réclamer du pèkêt (le genièvre local). Très vite, notre Tchantchès s'est révélé être un sacré gamin, bon compagnon mais forte tête, ou plutôt li tièsse près dè bonèt ("la tête près du bonnet", tout un programme!).
C'est dans la rue qu'il a fait ses classes, offrant tantôt des coups de main, tantôt des côps d'tièsse èpwèzonés. Et ces fameux "coups de tête empoisonnés" n'ont pas tardé à le rendre célèbre à la cour de Charlemagne. Toutes les marionnettes liégeoises vous le diront: c'est Tchantchès qui sauve toujours la mise à l'Empereur et à ses preux face aux terribles Sarrasins, et avec humour et panache encore! (Il vous emmènera volontiers devant les scènes où il a ses habitudes... Rien qu'au centre de la ville, trois théâtres de marionnettes l'accueillent durant toute la saison.)
Si Tchantchès n'est pas mécontent de ses exploits, il n'en a pas attrapé la grosse tête pour autant. Comment d'ailleurs abandonner une simplicité toute liégeoise quand on a Nanèsse pour épouse? Une sacrée bonne femme, cette Nanèsse! Et comme "elle n'a pas sa langue dans sa poche", elle ne s'en laisse guère conter par son bonhomme.
Alors, à la maison, Tchantchès préfère jouer au diplomate et savourer tranquillement la cuisine de sa femme... Ah ça, elle n'est pas revêche aux fourneaux, Nanèsse! Qui peut dire ce qu'elle réussit le mieux? Ses boulets se noient de plaisir dans leur sauce au sirop de Liège, sa rodge tripe (boudin rouge, au sang) se fond dans sa fricassée de pommes, son matoufèt (poêlée de farine, d'ufs et de lard) nourrit Tchantchès pour la semaine, et sa salade liégeoise (lard, haricots verts "mange-tout", pommes de terre, oignons et vinaigre) fait saliver tout le Djus-d'la.
Après manger, Nanèsse n'aime pas "avoir son homme dans ses jambes". Elle préfère s'assembler avec d'autres commères sur "la pavée" pour aller aux nouvelles, ou encore pour préparer la prochaine fête du Quinze Août. Cette année, il s'agira d'avoir la "potale" la mieux garnie (petite chapelle murale dédiée à la Vierge).
Tchantchès, lui, préfère la compagnie de ses vieux camarades. Alors, il va boire la goutte avec ses fidèles de la République libre d'Outremeuse. Quoi de plus normal puisque l'ancien quartier des tisserands lui a élevé une statue et lui a consacré un musée -le Musée Tchantchès- où, entre les collections de ses costumes et la scène de son théâtre, il rencontre toujours le Président ou un ministre de la République pour trinquer avec lui.
Puis, pour ne pas faire de jaloux, il va goûter le pèkêt de ses vieux amis de l'ancien quartier des tanneurs. Là, si Jean-Denys, le mayeur de la Commune libre de Saint-Pholien des Prés, n'est pas en train de pêcher avec Marcatchou, Tchantchès lui offre la tournée. Et de tournée en tournée, les compères feront le tour de leur île puis de leur ville, sans oublier aucune escale d'amitié. Liège n'est-elle pas la ville des rendez-vous de tous les amoureux de la vie?
Sacré Tchantchès! C'est décidément à ses côtés qu'il faut découvrir l'Ardente Cité...
Et si le folklore était d'abord la poésie de l'histoire?
Texte de Christian Libens