

Les origines du perron ne sont pas clairement définies, on le présenta successivement
comme pierre druidique, monument celtique ou éburon, pierre de justice, pilori,
calvaire, croix de mission, croix de marché, croix haussée etc., etc... De
tous les historiens qui traitèrent la question, les moins discutés jusqu'à
présent s'accordent pour y reconnaître une croix de juridiction. Les croix
de juridiction sont en fait, la forme chrétienne donné depuis un temps immémorial
aux mégalithes qui dans l'époque barbare servaient de lieu de juridiction
et de siège aux tribunaux. Quant à l’étymologie, le mot perron dériverait
du latin petra (pierre), suivant laquelle le perron serait simplement un «
poteau sur pierre », c’est-à-dire une pierre de justice surmontée d’un poteau
ou d’une colonne.
Le Perron fut primitivement le symbole des prérogatives du prince, de sa juridiction
et de celle de ses officiers. II était aussi le rappel de son devoir, autant
que de son droit, de faire pour tous régner la loi et la justice. Aussi, à
Liège, fut-il d'abord le lieu où se proclamaient officiellement les sentences
des échevins, les édits et les mandements de l'Evêque.
Le Perron fut considéré comme le signe tangible de l'autorité et de la justice
publiques, d'où qu'elles vinssent. Aucun acte, d'aucun pouvoir, ne prenait
de valeur si, d'abord, il n'avait été proclamé, "crié" au Perron.
Faute de cette formalité, rien n'acquérait force de loi ou de chose jugée.
Le "cri du Perron" constituait la promulgation officielle de ce
que nul ne pouvait méconnaître.
Le Perron a traversé nos dissensions, les luttes de nos factions, les guerres,
les invasions, les émeutes, les révolutions. Les boulets de Boufflers, les
bombes volantes de von Runstedt, semant ruine et mort à ses pieds, le firent
à peine tressaillir. Une seule fois, le pays pantelant, près de disparaître
sous les coups d'un ennemi qui croyait pouvoir anéantir jusqu'à son passé,
se le vit arracher. En effet
Charles le Téméraire, s'étant, après la bataille de Brustheim, emparé une
première fois de la ville de Liège, impose la paix de St-Laurent par laquelle
"le duc voulut que plus rien ne restât debout de l'antique constitution
liégeoise, ni des libertés publiques, héritage d'un long passé". Le Perron,
symbole des libertés et privilèges qu'il entendait ainsi anéantir, fut enlevé
de son socle pour être transporté à Bruges, avec défense aux vaincus de le
rétablir à jamais. Arrivé dans cette ville, le Perron fut exposé au point
le plus apparent de la Bourse, pour témoigner vis-à-vis des foules étrangères
qui y affluaient, de l'anéantissement de la nation liégeoise, coupable de
s'être insurgée contre les visées dominatrices du puissant Duc d'Occident.
Et pour que nul n'en ignorât, Charles le Téméraire fit graver sur le piédestal
:
N'ELEVEZ PLUS VOS FRONTS SI HAUTAINS VERS LE
CIEL !
PAR MA CHUTE, APPRENEZ QU'IL N'EST RIEN D'ETERNEL
SYMBOLE DE COURAGE ET DE GLOIRE, NAGUERE
JE I'ROTEGEAIS UN PEITPLE INVINCIBLE A LA GUERRE,
ET J'ATTESTE AUJOURD'HUI, VIL JOUET MEPRISE
QUE CHARLES M'A VAINCU, QUE CHARLES M'A BRISE !
Le 5 janvier 1477, Charles le Téméraire trouve
la mort devant Nancy. Le Prince-Evêque, Louis de Bourbon, qui s'était réconcilié
avec les Liégeois, profita, peu après, de son séjour à Bruges, où il assistait
au mariage de Marguerite de Bourgogne, pour obtenir le retour du Perron à
Liège.

Le 10 juillet, après 10 ans d’exil, la population
reçut le Perron avec de chaleureuses démonstrations d'allégresse qui atteignirent
leur comble lorsqu'il réapparut sur le piédestal dont il avait été enlevé.
Sur une des faces de ce dernier fut gravée une inscription commémorative en
latin qui traduite dit :
LE PERRON QUE LIEGE REGARDE AVEC ORGUEIL
COMME L'EMBLEME SACRE DE LA PATRIE
FUT REPLACE SUR CE PIEDESTAL LE 10 JUILLET 1478.
LIEGE OU YIVENT LES ARTS, LIEGE NOUVELLE ATHENES,
CHARLES T'A RUINEE ET COUVERTE DE CHAINES !
LOIN DE TOI, PAR SON ORDRE A BRUGES EXILE,
J'Y SUIS RESTE DIX ANS, D'OUTRAGES ACCABLE.
MAIS CES TEMPS SONT PASSES DE SERVITUDE AMERE :
ME VOICI DE NOUVEAU SUR TON SEIN, O MA MERE !
Sources :
Le Perron de Liège, Albert Dandoy, Art et folklore, 1954.
Guide de Liège, Touring Club de Belgique.